Volume en place, volume foisonné, volume compacté
Quand on parle de terre, il y a trois volumes différents, et presque toutes les erreurs de budget viennent du fait qu'on les confond. Le volume en place est celui du trou : la terre telle qu'elle était dans le sol, tassée par des années ou des siècles. C'est ce que vous mesurez au mètre ruban.
Dès que le godet arrache cette terre, elle se décompacte. Les mottes laissent des vides entre elles, et le même tas prend plus de place. C'est le volume foisonné, celui qui remplit la benne, le dumper ou le coin du jardin où vous stockez. Le rapport entre les deux s'appelle le coefficient de foisonnement.
Enfin, si vous remettez cette terre en remblai et que vous la compactez par couches à la plaque vibrante, elle redescend vers son volume en place. Un remblai bien compacté revient à peu près au volume d'origine, parfois un peu moins si le compactage est soigné. Un remblai jeté en vrac et jamais compacté, lui, continuera de tasser pendant des mois.
Mesurer la fouille réelle, pas l'ouvrage fini
Le calcul de base tient en une ligne : longueur × largeur × profondeur. La difficulté est de mesurer la bonne chose. On ne creuse jamais aux cotes exactes de l'ouvrage. Pour une piscine coque ou maçonnée, il faut une surlargeur de 40 à 60 cm tout autour pour travailler, poser les parois et remblayer. Pour une fosse toutes eaux, le lit de sable et l'espace de remblai latéral ajoutent autant.
Sur un terrain en pente, prenez la profondeur à plusieurs endroits et faites la moyenne. Une plateforme de 10 m qui part de 0,20 m de décaissement côté haut et finit à 0,80 m côté bas a une profondeur moyenne de 0,50 m. Si le terrain est vraiment irrégulier, découpez la surface en rectangles et calculez chacun.
Les fouilles talutées ne sont pas des boîtes. Une tranchée de 1,50 m de profondeur avec des parois inclinées est plus large en haut qu'en bas. Sa section est un trapèze : (largeur en haut + largeur en bas) ÷ 2 × profondeur. Avec 0,60 m au fond et 1,80 m en tête, la section vaut (1,80 + 0,60) ÷ 2 × 1,50 = 1,80 m² par mètre de tranchée, soit trois fois plus qu'une tranchée droite de 0,60 m de large. Le guide sécurité en tranchée explique quand ce talutage devient obligatoire.
Les coefficients de foisonnement selon le sol
Le coefficient dépend surtout de la cohésion du sol et de la taille des morceaux qui sortent. Le sable coule et se réarrange : il gonfle peu. L'argile sort en blocs qui se calent mal les uns contre les autres. Le béton concassé au brise-roche laisse énormément de vides.
Voici les valeurs que nous utilisons dans le calculateur de volume de déblais. Ce sont des moyennes de terrain : un sol humide, gorgé d'eau ou plein de racines peut s'en écarter de quelques points.
- Sable, gravier : 1,12
- Terre végétale : 1,25
- Terre ordinaire (limon, terre franche de jardin) : 1,25
- Argile compacte : 1,35
- Sol caillouteux, marne : 1,40
- Roche fragmentée, béton cassé : 1,60
Le poids, l'autre limite qu'on oublie
Une benne a deux limites : son volume et la charge que le camion a le droit de porter. Pour la terre, c'est souvent le poids qui bloque en premier. Pour estimer le poids, on part du volume en place et de la densité du sol en place, parce que foisonner ne change pas la masse : 10 m³ d'argile pèsent la même chose dans le trou et dans la benne.
Densités moyennes en place, en tonnes par mètre cube : terre végétale 1,4 ; sable et terre ordinaire 1,6 ; argile 1,8 ; sol caillouteux 1,9 ; roche ou béton 2,3. Un sol détrempé pèse plus lourd, parfois sensiblement. Après trois jours de pluie, comptez large.
Les capacités usuelles que nous retenons : big bag 1 m³ pour 1 t ; benne 3 m³ pour 4 t ; benne 8 m³ pour 10 t ; benne 15 m³ pour 15 t ; camion benne 6x4 environ 10 m³ pour 15 t. Ces chiffres varient d'un loueur de bennes à l'autre : demandez toujours la charge maximale acceptée, et le prix de la tonne supplémentaire si la benne est facturée au poids.
Trois exemples chiffrés
Une tranchée de raccordement. 25 m de long, 0,40 m de large, 0,80 m de profondeur, en terre ordinaire. Volume en place : 25 × 0,40 × 0,80 = 8 m³. Volume foisonné : 8 × 1,25 = 10 m³. Poids : 8 × 1,6 = 12,8 t. Si vous deviez tout évacuer en benne de 8 m³ limitée à 10 t, il faudrait 2 rotations. En pratique, une tranchée se rebouche : seule la part déplacée par le tuyau, son lit de sable et le grillage avertisseur repart, soit moins d'un mètre cube ici. Les détails sont dans le guide creuser une tranchée.
Une piscine de 8 × 4 m. Bassin de 1,50 m de profondeur, radier de 10 cm, surlargeur de 50 cm de chaque côté. La fouille mesure donc 9 × 5 × 1,60 m, soit 72 m³ en place. En argile : 72 × 1,35 = 97,2 m³ foisonnés, et 72 × 1,8 = 129,6 t. Avec des bennes de 15 m³ limitées à 15 t, le volume demande 7 rotations, mais le poids en demande 9. Ce sont donc 9 rotations qu'il faut budgéter. Le guide terrasser pour une piscine détaille la suite du chantier.
Le décaissement d'une terrasse. 6 × 4 m sur 0,30 m de terre végétale : 7,2 m³ en place, 9 m³ foisonnés, environ 10 t. En benne de 8 m³ (10 t), il faut 2 rotations ; le poids tombe pile sur la limite, et une terre humide la dépasserait. En big bags, comptez 9 sacs au volume et 11 au poids : c'est encore le poids qui décide.
Du volume au nombre de bennes
La règle est simple : calculez le nombre de bennes au volume (volume foisonné ÷ capacité de la benne), puis au poids (tonnes ÷ charge maximale), arrondissez chacun à l'entier supérieur et gardez le plus grand. C'est exactement ce que fait le calculateur.
Le choix de la taille de benne dépend aussi de l'accès. Une benne de 15 m³ arrive sur un camion de 19 à 26 t qui ne passera pas dans un lotissement aux voies étroites ni sous une ligne téléphonique basse. Sur la voie publique, le dépôt d'une benne demande en général une autorisation de la mairie : renseignez-vous avant la date de livraison. Les options de dépôt, de déchetterie et de réemploi sont comparées dans le guide évacuer les terres.
Sur le terrain, entre la pelle et la benne, il y a souvent un dumper. Un dumper d'une tonne porte environ un demi-mètre cube par voyage. Pour les 10 m³ foisonnés de la tranchée, cela fait une vingtaine d'allers-retours. Si la distance dépasse 30 ou 40 m, un dumper 3 t change la journée, à condition que le passage le permette.
Ce qui peut rester sur le terrain
Avant de commander des bennes, demandez-vous ce qui peut rester. La terre végétale se met de côté, en tas de moins de 2 m de haut pour qu'elle ne s'asphyxie pas, et resservira en surface. La terre ordinaire peut remodeler un talus ou rehausser un massif, à condition de ne pas boucher l'écoulement des eaux vers le voisin.
Pour un remblai, retenez qu'un mètre cube en place redonne à peu près un mètre cube compacté. Si vous creusez 8 m³ et que l'ouvrage posé occupe 1 m³, il vous reste environ 7 m³ à remettre en place et 1 m³ d'excédent. Ajoutez-y le volume du sable ou du gravier apporté pour l'enrobage, qui prend la place d'autant de terre. Compactez par couches de 15 à 20 cm : au-delà, la plaque ne descend pas jusqu'au fond de la couche.
Les erreurs qui font exploser le budget
La première est de calculer en volume en place et de commander des bennes sur ce chiffre. On se retrouve avec un quart à un tiers de terre en trop, et une benne supplémentaire commandée en urgence, souvent plus chère.
La deuxième est d'oublier le poids en sol argileux ou détrempé. La benne part à moitié vide parce que le camion est déjà à sa charge maximale, et le nombre de rotations grimpe. La troisième est de ne pas compter les surlargeurs de fouille, qui peuvent ajouter 30 à 50 % au volume d'une petite fouille.
Enfin, pensez au temps de pelle. Charger une benne demande que la machine puisse l'atteindre : prévoyez l'emplacement de la benne dès la préparation, avec la checklist chantier, et estimez le coût complet de la machine, du transport et des bennes avec l'estimateur de budget.